Immunité et vaccins, mieux comprendre le Covid-19.

par | 16 Avr, 2021 | Monde, Sciences

La troisième vague déferle sur l’Europe, le Conseil Fédéral rouvre timidement certaines infrastructures et la vaccination traîne un peu la patte. Dans la tourmente des médias et des conférences de presse, difficile de s’y retrouver. Penchons-nous sur les acteurs de la scène sanitaire : les virus, la vaccination et l’immunité.

Petit sournois

Un virus, c’est petit. Tellement petit qu’un microscope traditionnel (microscope photonique, qui utilise les photons pour « voir ») ne peut même pas espérer les détecter. Pour les discerner, il faut utiliser un tout autre type de microscope : un microscope électronique. Électronique signifie que les particules utilisées pour voir la matière ne sont pas des photons, mais des électrons. Ceux-ci ont la propriété d’avoir des longueurs d’onde bien plus courtes, ce qui signifie qu’on peut saisir des détails beaucoup plus petits.

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Vue au microscope électronique à balayage de particules virales du SARS-Cov-2

Mais alors comment une si petite chose peut causer tant de dégâts ? C’est qu’un virus a un mode opératoire sournois et efficace : il détourne le fonctionnement interne d’une cellule à son avantage, jusqu’à ce que celle-ci en meure.

À la limite du vivant

Pour ce faire, un virus doit pénétrer dans une cellule sous sa forme particulaire, soit sous forme de virion. Un virion se compose au minimum d’une coque protéique, la capside, contenant du matériel génétique sous la forme d’ADN ou d’ARN messager (abrégé ARNm), une molécule proche de l’ADN et qui sert de plan aux mécanismes de la cellule pour la synthèse de protéines, dans un procédé appelé transcription. Le virion fusionne à la membrane de la cellule grâce aux récepteurs qui recouvrent sa surface, et libère son ARN dans le milieu cellulaire.

L’ARN viral est alors transcrit, et de nouveau virions sont produits au sein même de la cellule infectée, où ils s’accumulent. Lorsque la cellule arrive à saturation, elle en meure et libère des centaines de virions dans l’organisme.

Un virion est dépendant d’une cellule hôte, et il est tellement élémentaire que les scientifiques ne sont toujours pas certains qu’il soit bel et bien vivant. Certains virologues, comme Patrick Forterre, considèrent les virions comme des particules reproductives, un peu comme des spermatozoïdes. Le virus n’étant réellement vivant que lorsqu’il a infecté une cellule, formant ainsi une cellule virale.

Une question de mémoire

On s’aperçoit alors que le nombre de virions dans le sang (dans le cas de l’infection d’un animal) augmente exponentiellement avec le nombre de cellules infectées. Comment peut-on lutter contre cet envahisseur si sournois ? Vous l’avez sans doute deviné, les fameux anticorps.

Un anticorps est une molécule produite par un type de cellule immunitaire, les lymphocytes B. Chaque lymphocyte B ne produit qu’un type d’anticorps, nous avons donc besoin d’autant de lymphocytes B que d’anticorps différents. Lors d’une infection virale, plusieurs mécanismes sont activés ce qui résulte en l’activation du bon lymphocyte B qui se clone.
Chaque clone se met alors à produire de grandes quantités d’anticorps.

Ces anticorps vont se lier aux protéines de la capside des virus, ce qui les rend incapables de pénétrer dans une cellule et permet leur élimination par le système immunitaire.

Pour permettre une meilleure réactivité contre le pathogène dans le futur, une partie des lymphocytes B clonés restent en vie et deviennent des cellules mémoires du système immunitaire.

En cas d’infection ultérieure, ils s’activeront et se reproduiront plus rapidement et efficacement que la première fois, ce qui nous évite de retomber malade, ou en tout cas moins violemment. Plus la première infection est violente, plus la mémoire immunitaire sera importante.

Un principe, différentes méthodes

C’est ce principe qu’utilisent les vaccins. Utilisés comme traitement prophylactique (en prévision d’une infection), ils confrontent notre système immunitaire à la capside du virus, qui constitue en somme sa carte d’identité (et qui lui sert à pénétrer dans les cellules). Ce peut être fait par divers procédés, qui différencient les types de vaccins, notamment :

  • Le vaccin contient des capsides ne contenant pas de matériel génétique, elles sont donc incapables de se reproduire ou d’induire une réponse inflammatoire. Il s’agit d’un vaccin à particules pseudo-virales.
  • Le vaccin contient les fragments d’ARN messager codant pour les protéines superficielles de la capside qu’on injecte dans une cellule pour qu’elle en produise. C’est un vaccin à ARNm.
  • Un autre virus inoffensif est modifié par génie génétique pour exprimer à sa surface les caractéristiques du virus contre lequel on veut se prémunir. C’est un vaccin à vecteur viral

Pour être efficace, un vaccin doit représenter une menace. Or, si les méthodes ci-dessus induisent une légère réaction immunitaire, elle est trop légère pour garantir une bonne mémoire immunitaire. Pour cette raison, certains vaccins contiennent en plus des agents inflammatoires, comme des sels d’argent, qui stimulent fortement le système immunitaire qui va se rappeler des protéines virales comme d’une menace sérieuse et prévenir aux infections subséquentes en se constituant une mémoire immunitaire importante.

Une action collective

Ce sont ces agents inflammatoires qui font principalement polémique car ils peuvent dans de rares cas provoquer des effets secondaires de divers niveaux de sévérité.

Certaines personnes souffrent également de diverses conditions médicales telles que l’immunodéficience, une allergie ou autre qui rend la vaccination impossible. Or, dans la plupart des cas, cette même condition médicale empêchant la vaccination rend également les personnes en souffrant plus vulnérables aux maladies contre lesquelles les vaccins offrent une protection.

La seule façon de protéger ces personnes vulnérables est de vacciner une grande proportion de la population afin de freiner la propagation de ces maladies et d’indirectement les protéger. C’est ce qu’on appelle l’immunité collective, atteinte lorsque au moins 75% de la population est immunisée.
Les risques d’effets secondaires dus aux vaccins sont négligeables au vu de la protection qu’ils offrent, tant à l’individu qu’à la communauté.

Dans le cas de la rougeole par exemple, sur 10’000’000 enfants malades, 20’000 en mourront. Alors que sur 10’000’000 enfant vaccinés, seuls 120 risquent de subir de sérieux effets secondaires.
Si la vaccination est un choix, c’est également un devoir envers la communauté.

Quelques chiffres

En ce qui concerne le Covid-19, la Confédération a signé un contrat avec 6 entreprises : Moderna, Pfizer/BionTech, Curevac, Novavax et AstraZeneca. Ces pharmaceutiques fournissent au total 3 types de vaccins différents, comme détaillé dans le tableau ci-dessous.

EntrepriseType de vaccinNombre de doses
ModernaARNm13,5 mio
Pfizer/BionTechARNm6 mio
CurevacARNm5 mio
AstraZenecaVecteur viral5,3 mio
NovavaxParticules pseudo-virales6 mio
Entreprises livrant la Confédération. Source : OFSP

Situation en Suisse

https://www.covid19.admin.ch/fr/epidemiologic/vacc-persons

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